Vous êtes ici

Filtre CPL Linky : utile ou véritable arnaque des anti Linky ?

Le filtre CPL linky est récemment apparu sur le marché pour "protéger" les consommateurs des ondes émises par le nouveau compteur électrique. Mais ce filtre est-il réellement nécessaire ? Le consommateur a-t-il vraiment besoin de se protéger de Linky ? Retour sur la polémique, ce nouveau produit et les différentes études et conclusions sur le sujet.


Qu’est-ce que la technologie CPL ?

La technologie CPL sur le compteur Linky

Le CPL est l’acronyme de Courant Porteur en Ligne. Cette technologie permet de superposer des ondes électromagnétiques au courant électrique qui circule dans les fils d'un logement. Sur Linky, la technologie CPL relie le nouveau compteur :

  1. Au concentrateur du distributeur d'électricité Enedis ;
  2. A certains équipements électriques du foyer.

C'est ce mécanisme qui permet de transmettre automatiquement les informations de consommation du foyer au gestionnaire de réseau (et non au fournisseur EDF).

Ne pas confondre Enedis et EDF Enedis EDF sont deux entités bien distinctes. Les relevés de compteur quotidiens sont par défaut transmis uniquement au gestionnaire de réseau Enedis. EDF, le fournisseur d'électricité, ne peut pas recevoir automatiquement les informations de consommation si l’utilisateur ne lui a pas donné son accord explicite.

Les ondes sur le nouveau compteur

Les ondes émises par la technologie CPL ont posé beaucoup de questions sur les dangers de Linky. Toutefois, il faut savoir que l’émission d’ondes est extrêmement faible.

Ces ondes sont en plus renfermées dans des fils électriques qui sont eux-mêmes placés à l'intérieur des murs. A titre d’exemple, cette technologie émet prêt d’un million de fois moins de GHz que la radio, les smartphones ou le wifi.

Qu’est-ce que le filtre CPL Linky ?

filtre-cpl-linky

Filtre CPL contre linky

Face aux nombreuses contestations des anti Linky, plusieurs entreprises ont développé un filtre anti linky. CEM-Bioprotect est l'entreprise la plus connue sur le marché.

Ces entreprises revendiquent la mise au point d'un filtre CPL spécialement calibré pour la plage de fréquence Linky. Selon ces entreprises, il bloquerait le passage de la technologie CPL sur le nouveau compteur. Il permettrait ainsi d'éliminer les radiofréquences émises par le nouveau compteur et d'atténuer les ondes électromagnétiques.

Quelles entreprises se cachent derrière le filtre CPL linky ?

Vendre ce type de filtre représente un intérêt financier, surtout après les nombreuses contestations et demandes de refus Linky. Une polémique s'est d'ailleurs créée autour de l'entreprise CEM-Bioprotect.

Le co-fondateur de l'entreprise est, en effet, le responsable de la plateforme militante et fédératrice anti-linky POAL. Sur cette plateforme, le filtre est également promu via une rubrique spéciale.

Ce conflit d'intérêt pose des questions. Le militant anti linky Stéphane Lhomme a d'ailleurs dénoncé cet équipement et remis en doute sa légitimité. Selon lui la plateforme anti-linky POAL a plus été créée dans le but de vendre le filtre CPL que dans un but militant.

Contacté par Libération, le président de Cem-bioprotect nie tout conflit d'intérêt. Il affirme avoir créé le filtre CPL linky "par la force des choses" pour apporter "une réponse "technologique au compteur Linky".

Quelles sont les données objectives sur les ondes ?

Les ondes émises par le compteur Linky sont un des arguments qui alimentent la polémique et justifieraient notamment l'installation d'un filtre CPL Linky. Avant de s'inquiéter sur le sujet, il faut savoir que de nombreux appareils émettent des champs électromagnétiques, qu'ils soient raccordés au compteur Linky ou non.

Ce processus est tout à fait normal. Pour les appareils électriques, ce champ provient de la force créée lorsque le courant traverse les fils électriques. A titre comparatif, voici un tableau reprenant les émissions des ondes électromagnétiques d'appareils du quotidien :

Type d'appareil Fréquence des ondes électromagnétiques
Compteur Linky 50 Hz
Télécommande de télévision (RC5) 36 kHz
Technologie CPL 63,3 kHz ou 74 kHz pour le CPL G1
entre 35,9 kHz et 90,6 kHz pour le CPL G3
Radio FM entre 87,5 MHz et 108 MHz
Télévision hertzienne entre 50 MHz et 215 MHz
Téléphone fixe sans fil 1,9 GHz
Téléphone portable (GSM) / 2G / 3G entre 0,85 GHz et 1,9 GHz
Wi-Fi 2,4 GHz ou 5 GHz

Les études des instituts de référence

L'OMS

Un des organismes de référence pour le mouvement stop linky peut-être l'OMS. L'Organisation Mondiale pour la Santé indique que les ondes électromagnétiques "peuvent être dangereuses". Elle ne fait toutefois aucune affirmation et cette déclaration est plutôt à titre préventif.

Après 20 ans de recherches, l'OMS ne peut toujours pas confirmer le rapport entre nocivité et exposition de faible intensité à des champs électromagnétiques.

Le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer, dépendant de l’OMS) a classé les champs électromagnétiques dans la catégorie 2B, au même niveau que le café ou les cornichons. Cette catégorie regroupe les agents qui ont des données trop limitées ou insuffisantes pour être qualifiés de cancérigènes.

Les instituts français

Des études d'instituts français se sont penchées spécifiquement sur le cas des ondes émises par le dispositif du nouveau compteur connecté. Leur conclusion est claire :

  • L’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) : d'après son étude, les champs électriques émis par linky sont de 80 à 350 fois inférieurs à la limite réglementaire. Les champs magnétiques sont, eux, 100 à 600 fois moins élevés.
  • Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail(Anses) : selon son premier rapport, la probabilité d'un risque sanitaire suite aux expositions des champs électromagnétiques de linky et de la technologie CPL est très faible. Sa 2ème étude menée en 2017 réaffirme que les niveaux d'exposition aux champs électromagnétiques du compteur communicant sont "faibles et inférieurs aux valeurs limites réglementaires".

Et la protection des données ?

logo-cnil

Les sociétés revendant les filtres CPL linky affirment que la technologie CPL permettrait d'espionner la consommation des consommateurs. Selon elles, ces données seraient ensuite revendues.

Or en France la protection des données des consommateurs est encadrée et surveillée de près par la CNIL. L'organisme précise ainsi que les données transmises par le compteur communicant sont globales et ne comprennent pas le détail des consommations de chaque appareil. Les données sont également chiffrées. Elles sont rattachées au compteur mais ne permettent pas d'identifier le consommateur.

Pour que le distributeur d'électricité ait accès à des données plus détaillées, le consommateur doit obligatoirement lui donner son accord explicite. Il en va de même pour l'accès aux données par le fournisseur d'électricité. Le consommateur doit donner un consentement clair pour que son fournisseur ait accès aux détails de sa consommation d'électricité.

Le respect de ce principe est surveillé de très prêt par la CNIL. Elle a d'ailleurs récemment mis en demeure Direct Energie qui ne demandait pas de manière claire l'accord de ses clients.

Le mouvement stop linky basé sur la peur ?

C'est un tout cas une des pistes envisagées par l'Anse. Selon l'organisme, la polémique liée à l'installation du nouveau compteur linky serait principalement liée à une peur psychosociale.

En effet, le foyer est identifié comme un espace "intime" qui a une valeur d'"abri contre les agressions extérieures." Le consommateur veut donc avoir le contrôle sur cette espace. Ce contrôle serait perçu comme un élément important du bien être. Le compter Linky serait donc perçu comme une intrusion.

D'après le président du Criirem (centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants), le buzz anti linky serait davantage lié à un "défaut de communication d'Enedis" plutôt qu'un réel danger.

Mesurer réellement les ondes émises par le compteur Linky

Depuis le mois de juin 2018, il est possible de mesurer précisemment les ondes émises par son compteur Linky chez soi

Pour cela, il suffit d'en faire la demande auprès de l'Agence nationale des fréquences (AFNR) en remplissant le formulaire ici.

Ce formulaire doit être signé par le demandeur mais aussi par un organisme public comme par exemple des collectivités territoriales, une association familiale faisant partie de l'UNAF (Union nationale des associations familiales), des associations de protection de l'environnement, etc. La liste complète est disponible sur le page de téléchargement du formulaire.

Une fois la demande effectuée, l'AFNR mandate un laboratoire indépendant pour procéder aux mesures des ondes Linky. Les résultats sont ensuite publiés ici. Les usagers peuvent consulter également les résultats dans leur commune. 

Mesure onde Linky

Exemple de résultat de mesure des ondes émises par le compteur Linky

Partager sur Facebook  Partager sur Twitter  Partager sur Google Plus