Qu'est-ce que le mouvement Stop Linky ?

Histoire et formation du mouvement

Le mouvement Stop Linky désigne l'ensemble des associations, collectifs citoyens et personnalités qui se sont opposés au déploiement du compteur communicant Linky, piloté par Enedis depuis 2015. Il n'existe pas d'organisation centrale : le mouvement est composé d'acteurs très divers, des associations nationales luttant contre les ondes électromagnétiques aux petits collectifs locaux, en passant par des avocats, des militants écologistes et des personnalités politiques.

Au pic de la mobilisation, entre 2017 et 2019, plusieurs centaines de collectifs Stop Linky étaient actifs en France. Certaines communes ont adopté des délibérations symboliques s'opposant au déploiement, rappelées à l'ordre par la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL), qui a précisé que ces actes étaient dépourvus de portée juridique. Des recours ont également été formés devant le Conseil d'État, qui les a rejetés en 2020.

Chronologie du mouvement
Les étapes clés de la contestation Linky
Chronologie du mouvement Stop Linky
Année Événement
2015 Début du déploiement national ; premières associations anti-CPL se mobilisent
2016 Multiplication des collectifs locaux Stop Linky dans toute la France
2017 Rapport ANSES sur les ondes Linky ; CNIL valide le dispositif de protection des données
2018–2019 Pic de mobilisation ; recours devant le Conseil d'État par plusieurs associations
2020 Rejet des recours par le Conseil d'État ; 90 % des foyers équipés
2022 Délibération CRE : les frais de relève manuelle seront facturés aux foyers sans Linky dès 2025
2026 Plus de 35,6 millions de Linky installés ; le mouvement de contestation est très réduit

Sources : Enedis, Conseil d'État, CRE, ANSES

Les principales associations et figures du mouvement

Plusieurs types d'acteurs ont animé le mouvement Stop Linky, avec des motivations et des profils très différents.

Les associations contre les ondes électromagnétiques (Robin des Toits, CRIIREM, PRIARTEM, Next-up) défendent les personnes électrohypersensibles et militent pour un abaissement des seuils d'exposition. Pour elles, la technologie CPL utilisée par Linky représentait une source d'ondes supplémentaire non souhaitée dans le logement.

Les collectifs citoyens locaux se sont formés dans de nombreuses villes et villages, souvent autour de préoccupations de santé, de vie privée ou de défiance vis-à-vis d'Enedis. Leur ancrage local leur a parfois permis de peser sur les délibérations municipales, même si ces actes n'avaient pas de valeur juridique.

Des personnalités politiques et juridiques comme Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'Environnement, se sont associées à des démarches collectives de consommateurs, invoquant le principe de précaution et le droit au choix des technologies utilisées dans le logement.

Des militants engagés, comme Stéphane Lhomme, ont développé une présence médiatique autour du sujet, en publiant régulièrement des informations sur les incidents liés à l'installation et en interpellant Enedis. Ces prises de position ont parfois été critiquées pour leur caractère alarmiste, y compris par d'autres acteurs du mouvement.

Conflits internes
Le mouvement Stop Linky n'était pas unifié. Des tensions ont opposé ses différentes figures sur leurs méthodes et leurs motivations. Certains acteurs ont été accusés par d'autres de mêler à leur engagement des intérêts commerciaux, notamment la vente de filtres anti-CPL dont l'utilité n'a pas été démontrée par des études indépendantes.

Les principales inquiétudes analysées

Les associations Stop Linky ont formulé quatre grandes catégories d'inquiétudes. Nous présentons chacune de façon équilibrée : d'abord l'inquiétude telle qu'elle a été exprimée, puis les données et positions officielles disponibles à ce jour.

Ondes électromagnétiques et santé

L'inquiétude exprimée : les associations, notamment Robin des Toits et PRIARTEM, alertaient sur les effets potentiels de la technologie CPL (courant porteur en ligne) utilisée par le Linky. Selon elles, le compteur ajoutait une source d'ondes électromagnétiques supplémentaire dans le logement, préoccupante pour les personnes électrohypersensibles (EHS). Certains témoignages faisaient état de maux de tête, d'insomnies ou de vertiges apparus après la pose.

Ce que disent les études disponibles : l'Agence Nationale des Fréquences (ANFR) a réalisé plusieurs campagnes de mesures sur des compteurs Linky installés chez des particuliers. Les résultats montrent que le champ électrique mesuré à 20 cm du compteur se situe entre 0,25 V/m et 1 V/m, pour une limite réglementaire fixée à 87 V/m. À titre de comparaison, une plaque à induction émet 17 V/m et un écran cathodique 56 V/m, mesurés dans les mêmes conditions.

L'ANSES a publié en 2017 un rapport sur les effets sanitaires potentiels des compteurs communicants. Sa conclusion indique que les compteurs Linky génèrent une exposition comparable à celle d'autres équipements électriques courants déjà présents dans les foyers. Les études disponibles n'ont pas établi de lien causal entre les signaux CPL des Linky et des effets néfastes sur la santé. L'agence rappelle néanmoins que la recherche sur l'électrohypersensibilité se poursuit au niveau international.

Données ANFR
Niveaux d'exposition mesurés à 30 cm des appareils
Comparaison des champs électriques émis par différents appareils domestiques
Appareil Champ électrique (V/m)
Compteur Linky 0,25 à 1 V/m
Prise babyphone CPL env. 2 V/m
Lampe fluorescente compacte 3,5 V/m
Plaque à induction 17 V/m
Écran cathodique (CRT) 56 V/m
Limite réglementaire ANFR 87 V/m

Source : ANFR, étude de mesures Linky 2018, publiée en octobre 2019

Le Linky ne transmet ses données que quelques secondes par jour, généralement entre minuit et 6h du matin. L'exposition cumulée sur l'ensemble de la journée est donc très inférieure aux valeurs instantanées mesurées. Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre page dédiée aux dangers du compteur Linky.

Protection des données personnelles

L'inquiétude exprimée : plusieurs associations et militants assimilaient le compteur Linky à un dispositif de surveillance permanent, capable de déduire les habitudes de vie d'un foyer (horaires de présence, appareils utilisés) à partir des données de consommation. La crainte était que ces informations puissent être exploitées commercialement ou transmises à des tiers sans consentement explicite.

Le cadre légal et la position de la CNIL : la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) a examiné le dispositif Linky et rendu une délibération le 21 novembre 2017. Elle a validé le traitement des données prévu par Enedis, sous réserve du respect de plusieurs conditions : l'accord explicite du consommateur est nécessaire pour activer la collecte des données de consommation par tranche de 30 minutes (courbe de charge) ; par défaut, seules les données journalières globales sont transmises, ce qui ne permet pas de déduire les habitudes du foyer.

Les systèmes d'information d'Enedis ont été homologués par l'Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information (ANSSI). Les données sont chiffrées dès leur transmission par le concentrateur de réseau et conservées pendant une durée limitée. La CNIL continue de contrôler la conformité d'Enedis au RGPD. Le consommateur peut à tout moment retirer son accord pour la collecte de données détaillées en contactant son fournisseur.

Ce que le Linky collecte par défaut
En fonctionnement standard, le Linky transmet uniquement l'index de consommation journalier global, utilisé pour la facturation. La courbe de charge (relevé toutes les 30 minutes) n'est activée que sur demande expresse du consommateur. Cette granularité, même activée, ne permet pas d'identifier l'usage d'un appareil spécifique.

Risque d'incendie

L'inquiétude exprimée : lors de la phase d'expérimentation (2012–2015) portant sur 300 000 compteurs, 8 cas d'incendie ont été répertoriés et associés à des compteurs Linky. Des associations en ont déduit que le déploiement à grande échelle comportait un risque sérieux de sinistres pour les foyers équipés.

La position d'Enedis et les études : selon Enedis et les laboratoires chargés de l'analyse, ces incidents ont été liés à des défauts de serrage lors de la pose, et non à un défaut propre au compteur. Un mauvais serrage peut provoquer un court-circuit, quel que soit le modèle de compteur installé. Depuis la fin de la phase expérimentale, des protocoles de pose renforcés ont été mis en place.

Sur les 35 millions de Linky installés en France, aucun lien de causalité direct entre le compteur et un départ d'incendie n'a été établi par des expertises judiciaires. Cette inquiétude n'est pas étayée par les données collectées depuis le déploiement massif. Pour une analyse complète, consultez notre page sur le risque d'incendie du compteur Linky.

Coût caché du déploiement

L'inquiétude exprimée : des associations de défense des consommateurs, comme UFC-Que Choisir, ont critiqué le fait que le coût du déploiement du Linky (estimé à environ 5 milliards d'euros pour l'ensemble du programme) serait en partie répercuté sur les consommateurs via le TURPE (Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité), composante de la facture d'électricité qui rémunère Enedis.

Le cadre réglementaire : le TURPE est fixé par la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) et couvre l'ensemble des coûts d'Enedis, qu'il s'agisse de la maintenance du réseau, de la gestion des pannes ou du déploiement des compteurs. La CRE a validé les investissements liés au Linky en estimant que les gains de productivité pour Enedis (moins de déplacements de techniciens, facturation automatisée) justifiaient l'investissement sur le long terme. Les économies attendues pour les consommateurs, via une facturation plus précise et des interventions moins coûteuses, font partie de l'équation. Pour une analyse chiffrée, consultez notre page sur le prix du compteur Linky.

Peut-on encore refuser le Linky ?

Il n'existe pas de procédure légale permettant de refuser l'installation du compteur Linky. L'obligation repose sur le décret n° 2010-1022 du 31 août 2010 et sur l'article L341-4 du Code de l'énergie, qui transpose en droit français la directive européenne 2009/72/CE. Le Conseil d'État a rejeté les recours formés par des associations anti-Linky en 2020, confirmant la légalité du déploiement.

En pratique, si le compteur est situé à l'intérieur du logement, Enedis ne peut pas y accéder sans l'autorisation de l'occupant. Certains foyers ont ainsi pu retarder l'installation. La ministre de la Transition écologique avait précisé en 2020 qu'il s'agissait d'une réalité pratique et non d'un droit reconnu, et que les conséquences financières s'appliqueraient pleinement. Pour un guide complet sur ce sujet, consultez notre page compteur Linky obligatoire.

Les conséquences concrètes d'un refus

Les foyers qui retardent ou bloquent l'installation font face à plusieurs conséquences cumulées.

Frais applicables depuis 2025

Conformément à la délibération de la CRE du 24 février 2022, les consommateurs sans Linky sont facturés 8,44 €/mois (TTC) au titre de la relève manuelle de compteur, soit environ 101 €/an. Ces frais sont appliqués automatiquement sur la facture d'électricité et ne peuvent pas être contestés tant que le Linky n'est pas installé.

Comparaison des conséquences : accepter vs refuser le Linky
Situation Avec Linky Sans Linky (refus)
Frais de relève Gratuit (télé-relève) 8,44 €/mois depuis 2025
Mise en service standard 1,78 € / 24h ouvrées 32,40 € / 5 jours ouvrés
Changement de puissance 4,28 € / 1 jour 43,57 € / 5 à 10 jours
Facturation Sur consommation réelle Estimée ou auto-relevée
Offres spéciales Linky Accessibles Non accessibles
Risque contractuel Aucun Résiliation possible pour non-respect des CGV

Tarifs Enedis valables en 2026 pour tous les fournisseurs.

Le Linky aujourd'hui : bilan du déploiement

Avec plus de 35,6 millions de compteurs installés à fin 2026, le déploiement du Linky est quasiment achevé sur le territoire desservi par Enedis, soit environ 95 % des foyers français. Les foyers encore équipés d'un ancien compteur à index sont devenus très minoritaires.

Le mouvement de contestation, très actif entre 2017 et 2019, s'est considérablement réduit depuis le rejet des recours par le Conseil d'État en 2020 et l'introduction des frais de relève en 2025. Les grandes associations nationales ont pour certaines recentré leur action sur d'autres sujets liés aux ondes et à la 5G. Les collectifs locaux sont beaucoup moins actifs qu'au pic de la mobilisation.

Les enquêtes de satisfaction menées par Enedis montrent que la majorité des consommateurs équipés utilisent les fonctionnalités du compteur, notamment le suivi de consommation via l'application Mon suivi Linky. Les incidents techniques liés à l'installation (défauts de serrage, compatibilité avec certains équipements anciens) ont diminué à mesure que les protocoles de pose ont été améliorés.

Misitia Ravaloson
Avis d'expert
Misitia Ravaloson Expert certifié
Directrice de la rédaction 317 articles publiés

Le bilan du mouvement Stop Linky invite à une lecture nuancée. Les inquiétudes exprimées par les associations n'étaient pas toutes infondées : les questions sur la protection des données, le coût du déploiement ou la qualité de l'installation méritaient d'être posées et ont conduit à des améliorations réelles du dispositif. La CNIL a encadré strictement la collecte de données, les protocoles de pose ont été renforcés, et la CRE a mis en place une facturation transparente des coûts liés au refus. Ce que les études disponibles n'ont pas confirmé à ce jour, c'est l'existence d'un risque sanitaire lié aux ondes CPL du Linky dans les conditions normales d'utilisation. Il reste légitime de suivre l'évolution de la recherche sur l'électrohypersensibilité, en gardant à l'esprit que les mesures réalisées situent le Linky très en deçà des seuils réglementaires et en dessous de nombreux appareils du quotidien.

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Questions fréquentes sur le mouvement Stop Linky

Le mouvement n'a pas réussi à stopper le déploiement, mais il a contribué à renforcer certaines protections. La CNIL a encadré strictement la collecte de données, les protocoles de pose ont été améliorés après les premières installations, et la CRE a introduit une facturation transparente des coûts liés au refus. Le Conseil d'État a rejeté les recours des associations en 2020, confirmant la légalité du programme Linky.

Les études réalisées par l'ANFR et l'ANSES n'ont pas établi de lien entre les signaux CPL du Linky et des effets néfastes sur la santé. Le champ électrique mesuré à 20 cm du compteur est de 0,25 à 1 V/m, pour une limite réglementaire de 87 V/m. Il est inférieur à celui d'une plaque à induction (17 V/m) ou d'un écran cathodique (56 V/m). Cette inquiétude n'est pas étayée par les mesures réalisées à ce jour, même si la recherche sur l'électrohypersensibilité se poursuit au niveau international.

Non, il n'existe pas de droit légal de refus. L'installation est obligatoire depuis le décret n° 2010-1022 du 31 août 2010. En pratique, un occupant peut empêcher l'accès si le compteur est dans son logement, mais il s'expose à des frais de relève de 8,44 €/mois depuis 2025 et à d'autres surcoûts d'intervention. Pour en savoir plus, consultez notre page compteur Linky obligatoire.

Par défaut, le Linky ne transmet que les données journalières globales de consommation, utilisées pour la facturation. La collecte de données détaillées par tranche de 30 minutes (courbe de charge) n'est activée que sur accord explicite du consommateur. La CNIL a validé ce dispositif le 21 novembre 2017 et contrôle la conformité d'Enedis au RGPD. Le consommateur peut retirer son accord à tout moment.

Les expertises judiciaires réalisées sur les sinistres survenus dans des logements équipés de Linky n'ont pas établi de lien de causalité direct entre le compteur et les incendies. Les incidents survenus lors de la phase d'expérimentation étaient liés à des défauts de serrage lors de la pose. Aucune preuve d'un risque d'incendie propre au compteur Linky n'a été apportée à ce jour sur le parc de 35 millions d'unités installées. Voir notre page sur le risque incendie du Linky.

Le déploiement du Linky est financé via le TURPE (Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité), composante fixe de la facture d'électricité. La CRE a intégré ces investissements dans les tarifs en estimant que les économies de gestion réalisées par Enedis (moins de déplacements de techniciens, facturation automatisée) équilibraient le surcoût. Le prix du Linky n'est pas facturé directement au consommateur.