Vous êtes ici

Prix de l'électricité : quelle évolution en 2017 ? Vers des hausses ou des baisses ?

Des fils électriques

Dans son rapport de juillet 2015 sur les tarifs réglementés de vente d'électricité, la Commission de régulation de l'énergie recommandait une hausse de 8,0 % pour les tarifs "bleus" (à destination des particuliers et professionnels), afin de compenser les retards accumulés depuis 2012. En effet, l'écart se creuse progressivement entre les tarifs de vente et le coût réel d'un kilowattheure d'électricité. Toutefois, les tarifs réglementés n'ont augmenté que de 2,5 % en août 2015 et 2,0 % en janvier 2016. Ils ont même légèrement baissé le 1er août 2016. Quelle évolution des prix de l'électricité peut-on anticiper pour 2017 ?


L'évolution des tarifs réglementés de l'électricité en chiffres

 
 

Retrouvez notre article sur l'évolution des prix de l'électricité et le prix du kWh d'électricité chez les différents fournisseurs présents sur le marché pour découvrir les offres les plus économiques.

Les composantes du prix de l'électricité

 

Le détail d'une facture d'électricité est souvent opaque et méconnu du grand public. Pour bien comprendre les différentes règles qui régissent la hausse ou la baisse des tarifs, il convient de distinguer les trois éléments qui composent le prix de l'électricité :

  • La part fourniture, qui correspond au frais de production et de commercialisation de l'électricité. C'est cette partie-là de la facture qui diffère entre les fournisseurs.
  • La part acheminement, qui couvre les frais de transport (RTE) et distribution (ENEDIS) de l'électricité. Cette part ne varie pas en fonction des fournisseurs car elle dépend uniquement de RTE et ERDF, deux gestionnaires de réseau en situation de monopole.
  • Les taxes et contributions (CTA, CSPE, TCFE et TVA), qui représentent près de 37% de la facture totale.

La part fourniture est réévaluée tous les ans. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) analyse les coûts et recettes du fournisseur historique EDF pour soumettre au gouvernement une proposition d'évolution des prix qui permette à EDF de couvrir complètement ses coûts. Toutefois, c'est le gouvernement qui a le dernier mot, et il est fréquent qu'il arrête une hausse moins importante que celle recommandée par la CRE. Ce fut le cas en août 2015 : la CRE préconisait une hausse de 8,0 %, et le gouvernement n'a retenu qu'une hausse de 2,0 %.

La CRE analyse également les comptes de RTE et ERDF afin de proposer une évolution des tarifs d'acheminement (TURPE) qui permettent aux gestionnaires de réseau de couvrir leurs coûts.

Les taxes évoluent elles selon leur propre calendrier, ce qui peut mener à des hausses des prix TTC de l'électricité à d'autres périodes que les évolutions classiques des tarifs réglementés (août et janvier).

Une hausse importante du coût de fourniture

Le coût d'entretien des centrales nucléaires

centrale nucléaire

Le programme de "grand carénage", lancé par EDF en 2011, doit permettre de prolonger de 20 ans la durée de vie des 58 réacteurs nucléaires en fonctionnement et de répondre aux nouvelles normes de sûreté - en réponse à la catastrophe de Fukushima.

Ce chantier colossal a été chiffré à 55 milliards d'euros par EDF - estimation jugée erronnée par la Cour des Comptes, qui table plutôt sur 100 milliards d'euros. La forte hausse des investissements de maintenance a fait passer le coût de production moyen de l'électricité nucléaire de 49,6 €/MWh en 2010 à 59,8 €/MWh en 2013 (source : rapport de février 2016 de la Cour des comptes). Cette hausse du coût de production sera répercutée à terme sur les prix finaux des consommateurs, le nucléaire représentant 77% de la production d'électricité en France. 

Le financement de la transition énergétique

panneau photovoltaïque

L'électricité d'origine renouvelable demeure marginale en France : elle représente 19,3 % de la consommation électrique française en 2014 - la majeure partie provenant de l'hydraulique (source: rapport de juin 2015 de RTE). Or, la France s'est engagée auprès de l'Union européenne, et vise 23% d'énergie renouvelable d'ici à 2020, et 40% en 2030 !

Pour encourager la production d'énergie solaire et éolienne, l'Etat oblige les fournisseurs historiques d'électricité (EDF et ELDs) à racheter l'électricité verte produite à des tarifs bien supérieurs au prix final d'un kWh, via des contrats d'achat garantissant le prix sur 15 à 20 ans.

Le pic fut notamment atteint en 2009 avec 60 cts€/ kWh ! Toutefois, les tarifs de rachat ont baissé, répercutant la diminution des coûts d'installation des panneaux solaires et l'amélioration de la rentabilité. Au 1er janvier 2016, le prix de rachat de l'électricité photovoltaïque produite par les particuliers variait entre 13,13 cts€/kWh et 25,01 cts€/kWh. Plus d'informations sur les tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque sur l'article dédié.

Même si les prix de rachat ont baissé, ces contrats d'obligation d'achat engagent EDF sur 15 à 20 ans, sans possibilité d'évolution des prix. Par conséquent, le rachat de l'énergie renouvelable continuera à représenter une part importante de la facture finale d'un consommateur, via les augmentations successives de la CSPE (taxe permettant notamment de financer le développement des énergies renouvelables).

Le paradoxe du marché de gros de l'électricité

Afin de permettre aux fournisseurs alternatifs de proposer des tarifs compétitifs avec ceux d'EDF (l'un des seuls producteurs d'électricité en France), la loi NOME de 2010 a mis en place l'ARENH : la possibilité d'acheter 1 MWh d'électricité nucléaire à 42 €. Les fournisseurs alternatifs peuvent ainsi signer un accord-cadre avec EDF, leur permettant de bénéficier des tarifs avantageux de l'électricité d'origine nucléaire.

Or, depuis 2015, les concurrents d'EDF délaissent l'ARENH.

 

En effet : les prix du marché de gros sont à présent inférieurs à ceux de l'ARENH. Au premier semestre 2015, le prix moyen day-ahead sur le marché spot européen s'élevait à 38,8 €/MWh contre 42€ pour l'ARENH (source : rapport de 2015 de la CRE sur les marchés de gros). Pour un fournisseur alternatif, il est ainsi plus rentable de se fournir auprès du marché européen de l'électricité qu'auprès des centrales nucléaires d'EDF.

Pourquoi le prix spot est-il si faible ?La baisse des prix de l'électricité est en partie liée à la crise économique, qui contribue à diminuer la consommation d'électricité en Europe. De plus, de fréquentes surcapacités temporaires sont dues au développement des énergies renouvelables, dont la production est difficilement prévisible. Ce surplus est systématiquement intégré dans le réseau électrique, quitte à mettre en péril l'équilibrage du réseau à 50 Hz et rendre les prix négatifs. Par ailleurs, le prix de l'électricité en Europe a été fortement influencé par la baisse des cours des matières premières (pétrole, gaz).

Cette baisse du prix de gros de l'électricité s'est récemment ressentie sur la facture finale du consommateur ! Les tarifs réglementés d'EDF ont baissé en moyenne de 0,5% le 1er août 2016.

Une hausse colossale des taxes applicables à l'électricité

Environ un tiers de la facture d'électricité est constitué de taxes : CSPE, CTA, TFCE et TVA.

 

Le poids des taxes sur le prix du kWh d'électricité, au 1er janvier 2016

La CSPE : Augmentation de 650% sur 2002-2016

 

La Contribution au service public de l'électricité (CSPE) connaît une augmentation régulière depuis sa création en 2002. La CSPE représente environ 15% du prix final du kWh en 2017.

  • Que finance la CSPE ?
  • Les surcoûts liés aux obligations d'achat de l'électricité verte produite par les particuliers et certains professionnels.
  • Le Tarif de première nécessité (TPN), une allocation accordée aux ménages les plus pauvres.
  • Le budget du Médiateur national de l'énergie, en partie.
  • Le surcoût lié à la consommation d'électricité dans les zones insulaires non-interconnectées (Corse, Outre-Mer), à un prix inférieur au prix réel de production.
  • Le coût de gestion de la CSPE par la Caisse des dépôts.

C'est avant tout le financement des énergies renouvelables qui nourrit la hausse régulière de la CSPE (plafonnée à 3€/MWh par an).

Toutefois, malgré ces augmentations successives, la CSPE n'est pas suffisamment élevée pour couvrir les surcoûts liés au rachat de l'énergie renouvelable. En 2014, EDF annonçait un manque à gagner de 700 millions d'euros

Les autres taxes applicables à l'électricité

Il y a trois autres taxes applicables à l'électricité, dont les modalités d'évolution diffèrent :

  • La Contribution tarifaire d'acheminement (CTA) : elle finance les assurances vieillesse du personnel des Industries électriques et gazières (IEG), partis à la retraite avant 2005. Cette taxe est par conséquent vouée à disparaître à l'horizon 2025.
  • Les Taxes sur la consommation finale d'électricité (TCFE), prélevées par les communes et départements. Elles sont fixées par les collectivités locales au sein d'une fourchette définie par l'Etat. Le plafond étant indexé sur l'inflation, il est peu probable d'envisager une forte hausse de la TCFE.
  • La TVA, qui représente environ 15% de la facture finale. Elle s'applique à taux plein (20%) sur la consommation, la CSPE et la TCFE ; et à taux réduit (5,5%) sur l'abonnement et la CTA.

Bilan : l'augmentation des taxes sur l'électricitéLa CSPE devrait continuer d'augmenter, afin de financer la production d'énergies renouvelables - à moins que la CSPE soit étendue aux énergies fossiles.
La part des autres taxes applicables à l'électricité devrait demeurer relativement stable dans les années à venir.

Vers une hausse des tarifs d'acheminement de l'électricité (Turpe) ?

ligne électrique haute tension

Le Tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricite (Turpe) est destiné à rémunérer les gestionnaires des réseaux de transport (RTE) et de distribution d'électricité (ERDF). Le Turpe représente environ 25% de la facture finale d'un consommateur d'électricité. Il est prélevé par les fournisseurs d'électricité et reversé aux gestionnaires de réseaux.

Le Turpe est identique sur le territoire français, et ne dépend pas de la distance effectuée par l'électricité (principe du timbre-poste). Il permet notamment de couvrir les coûts d'investissement nécessaires au développement des smart grids et au déploiement du compteur intelligent Linky. Le déploiement de Linky fait craindre une augmentation du Turpe pour couvrir les frais supplémentaires d'ERDF - même si ERDF assure que cette installation sera "neutre" sur la facture des clients.

Pourquoi Linky devrait-être "neutre" sur la facture finale ?Pour les compteurs électroniques et électromécaniques, ERDF doit dépêcher une fois par an un technicien pour qu'il effectue la relève du compteur. Ce déplacement a un coût élevé. ERDF estime donc que les coûts engendrés par la confection et la pose du compteur Linky viendront s'équilibrer avec les gains liés à la disparition de ces déplacements (puisque le compteur intelligent communiquera directement ces données au fournisseur).

Consultez le calendrier de déploiement de Linky !

Conclusion : la fin de l'électricité bon marché en France ou la poursuite des baisses de tarifs en 2017 ?

 

Source: Eurostat, prix nationaux moyens TTC pour les particuliers avec une consommation annuelle comprise entre 2500 et 5000 kWh, au 1er semestre 2016.

La France a longtemps compté sur le prix avantageux du kilowattheure d'électricité d'origine nucléaire. Les Français bénéficient toujours de prix bas sur l'électricité, en comparaison avec nos voisins européens. En moyenne, un Français paie son kWh 16,24 cts€, quand un Allemand le paie 29,51 cts € (moyenne de la zone Euro : 21,80 cts€).

La baisse des prix sur le marché de gros a tiré en 2016 les prix de l'électricité vers le bas et c'est positif pour les consommateurs. Toutefois, cette baisse est due dans une certaine mesure au ralentissement de l'activité économique et ne devrait pas durer dans les années à venir, même si elle pourrait se prolonger en 2017. Parallèlement, même si la rente nucléaire continuera probablement à alléger le coût de la facture des Français, les coûts croissants liés à l'entretien des centrales nucléaires et aux incitations aux énergies renouvelables devraient tirer les tarifs réglementés de l'électricité à la hausse sur le long terme.

Sources :

Partager sur Facebook  Partager sur Twitter  Partager sur Google Plus