Le seuil de bascule s'établit à 25 % de la consommation

Tout le calcul part de trois prix, et d'une particularité de la grille du tarif réglementé de vente qui commande le reste : en 3 kVA, l'abonnement de l'option heures creuses est strictement identique à celui de l'option Base. Il n'y a donc aucun ticket d'entrée à rembourser avant d'espérer gagner quelque chose, et la part fixe s'annule purement et simplement dans la comparaison.

Comparaison des options Base et heures creuses en 3 kVA au tarif réglementé
Formule en 3 kVAAbonnementkWh heures pleineskWh heures creuses
Option Base 145,56 €/an 0,2001 € à toute heure
Option heures creuses 145,56 €/an 0,2142 € 0,1589 €

Tarif réglementé de vente en vigueur au 1er août 2026, prix TTC · Source : Selectra · août 2026.

Reste alors une question purement arithmétique : quelle part de votre électricité devez-vous consommer pendant les huit heures creuses pour que le kWh bon marché de la nuit compense le kWh plus cher de la journée ? La réponse ne dépend même pas de votre consommation annuelle, seulement de l'écart entre les trois prix du tableau ci-dessus.

Le calcul
Pourquoi le seuil tombe à 25 %

L'heure creuse fait économiser 0,0412 € par kWh face au Base, tandis que l'heure pleine coûte 0,0141 € de plus. Le point d'équilibre s'obtient en divisant le surcoût de l'heure pleine par l'écart total entre heures pleines et heures creuses, soit 0,0141 divisé par 0,0553 : 25 %.

Ce chiffre mérite d'être rapproché d'un autre : huit heures creuses représentent 33 % d'une journée. Une consommation parfaitement régulière, étalée sans effort particulier, franchit donc déjà le seuil. C'est exactement le mécanisme qui permet à la Commission d'annoncer une majorité de gagnants sans que personne ne change ses habitudes.

Restait à traduire ce pourcentage en euros. Nous avons pris un studio consommant 1 800 kWh par an, une consommation courante en 3 kVA, et fait varier la seule chose qui compte : la part réellement décalée vers la nuit.

Facture annuelle en option Base et en option heures creuses selon la part de consommation nocturne
Part consommée en heures creusesFacture option BaseFacture heures creusesÉcart annuel
20 % 506 € 511 € +5,47 €
33 % (consommation régulière) 506 € 498 € −7,47 €
45 % 506 € 486 € −19,41 €

Estimation pour 1 800 kWh/an en 3 kVA, au tarif réglementé du 1er août 2026, prix TTC · Source : Selectra · août 2026.

L'ordre de grandeur est là : quelques euros pour un profil qui ne fait aucun effort, une vingtaine d'euros par an pour un foyer qui programme réellement ses appareils la nuit, et une légère perte pour qui consomme surtout en journée. Sur cette consommation, chaque point de part nocturne gagné vaut environ 1,00 € par an. La mesure ne transforme pas une facture, elle récompense modestement une discipline, et elle ne coûte rien à essayer.

Calculez votre propre seuil de bascule

Le simulateur ci-dessous est préréglé sur un abonnement de 3 kVA. Ajustez votre consommation annuelle, lue sur votre dernière facture, et la part que vous pensez pouvoir décaler pendant les heures creuses : il compare les deux factures au tarif réglementé et indique laquelle des deux options vous revient le moins cher. Notre guide sur la rentabilité des heures creuses détaille la méthode pour estimer cette part sans se tromper.

Outil interactif

Base ou Heures creuses ?

10 secondes
Chauffage élec.
Recommandation

Comparaison annuelle
Base
HP/HC
Base HP/HC Clair = abo. / Foncé = conso.

Tarifs TTC issus de la base de données Selectra. Consommation de référence issue des profils de consommation moyens Selectra.

Le détour par le 6 kVA n'a plus de raison d'être

Avant le 1er août, un foyer en 3 kVA qui voulait des heures creuses avait une seule porte de sortie : augmenter sa puissance souscrite pour atteindre 6 kVA. Le problème, c'est que ce passage se payait en abonnement, chaque année, sans que le logement ait besoin de la puissance supplémentaire. L'écart entre les deux abonnements atteint aujourd'hui 44,76 € par an, un montant qui absorbait à lui seul l'essentiel du gain espéré.

La délibération chiffre précisément l'effet de ce péage. La Commission estime qu'environ 60 % des clients Base en 3 kVA gagneraient à basculer vers les heures creuses sans même modifier leurs comportements, contre 10 % seulement qui avaient intérêt à souscrire l'option en montant à 6 kVA lorsque c'était l'unique chemin. Six fois plus de foyers concernés, pour une même grille de prix de l'énergie : toute la différence tenait à l'abonnement.

À vérifier sur votre facture
Vous êtes monté en 6 kVA uniquement pour les heures creuses ?

Si votre logement n'a ni chauffage électrique, ni ballon d'eau chaude, ni borne de recharge, et que la montée en puissance ne servait qu'à accéder aux heures creuses, la redescente en 3 kVA redevient envisageable et rend les 44,76 € d'abonnement annuel. Vérifiez d'abord la puissance appelée par vos appareils avec en additionnant la puissance de vos appareils les plus gourmands, puis comparez les deux paliers sur nos fiches 3 kVA et 6 kVA.

Sur un compteur Linky, le changement se fait à distance et se facture 4,32 € par votre fournisseur. Prudence toutefois : redescendre trop bas expose aux disjonctions, et repasser en 6 kVA se paierait une seconde fois.

D'où vient cette ouverture, et pourquoi elle a divisé

Jusqu'au 31 juillet 2026, l'option heures pleines / heures creuses s'arrêtait à 6 kVA. Dans sa délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026, la Commission de régulation de l'énergie a levé cette limite pour « permettre aux consommateurs base 3 kVA de bénéficier de leur flexibilité ». La mesure figurait dans la consultation publique n° 2026-10, ouverte le 22 mai, qui a recueilli 25 réponses.

Une ouverture tarifaire qui ne coûte rien au consommateur et lui laisse le choix semblait consensuelle. Elle ne l'a pas été. La consultation a séparé les acteurs en deux camps de taille comparable, et la délibération en rend compte sans trancher le fond du débat.

Les arguments des deux camps

La quasi-totalité des particuliers ayant répondu, Enedis et les syndicats d'entreprises locales de distribution soutiennent l'ouverture. Chez les fournisseurs, la répartition est bien plus serrée : une moitié se déclare favorable ou indifférente, l'autre moitié y est défavorable, rejointe par le syndicat Sipperec.

Les arguments pour

  • La mesure renforce les possibilités de flexibilité de la demande, utiles au système électrique ;
  • Les coûts informatiques à engager restent limités, et inférieurs aux bénéfices attendus ;
  • Certains usages se déplacent automatiquement, sans effort du foyer, comme un petit ballon d'eau chaude programmé.

Les arguments contre

  • Le potentiel de maîtrise de la demande de ces consommateurs est jugé limité, ce qui justifie mal la mesure ;
  • L'innovation vient du tarif réglementé plutôt que des offres de marché, ce qui inverse les rôles habituels ;
  • Le calendrier arrive trop tôt : les systèmes informatiques de tous les fournisseurs doivent suivre.

Un fournisseur favorable ajoute une réserve qui mérite d'être connue des lecteurs : il demande une communication neutre autour de la nouveauté, pour éviter que l'ouverture d'une option du tarif réglementé ne provoque des transferts de clientèle au détriment des offres de marché. La remarque dit bien ce dont il s'agit : une évolution portée par le tarif d'État, sur un terrain où les fournisseurs alternatifs se battent d'ordinaire à armes égales.

Le plafond de 3 000 watts limite ce qu'on peut décaler

L'objection sur le potentiel limité de ces foyers n'est pas qu'un argument de négociation, elle a un fondement matériel. Un abonnement de 3 kVA plafonne la puissance appelée à 3 000 watts simultanés, avec un disjoncteur calibré à 15 ampères. Un lave-linge en chauffe consomme à lui seul près de 2 500 watts : lancer une machine et un ballon d'eau chaude en même temps pendant la nuit fait disjoncter l'installation.

La conséquence est directe. Dans un studio, le décalage se fait appareil par appareil, jamais en bloc, et la marge de manœuvre est mécaniquement plus étroite que dans une maison de 9 ou 12 kVA. L'exemple retenu par la Commission elle-même est d'ailleurs modeste : le petit ballon d'eau chaude programmé. C'est cohérent avec les montants que nous avons calculés plus haut, et cela explique pourquoi une partie du marché doutait du bénéfice collectif de l'opération.

Misitia Ravaloson
Avis d'expert
Misitia Ravaloson Expert certifié
Directrice de la rédaction 412 articles publiés

Les deux camps ont raison sur des terrains différents, et c'est ce qui rend la décision intéressante. Pour le foyer, la réponse est simple : l'option ne coûte rien de plus en abonnement, le seuil de rentabilité se situe sous le partage naturel de la journée, et l'essai est réversible. Il n'y a pas de piège, seulement un gain modeste, de l'ordre de quelques euros à une vingtaine d'euros par an.

Pour le système électrique, le doute reste entier. Un compteur de 3 kVA n'offre qu'une flexibilité étroite, et la vraie question n'est pas de savoir si ces clients y gagnent, mais si le déplacement de leurs usages pèse suffisamment pour justifier le chantier informatique. C'est précisément ce que la Commission a choisi de faire mesurer avant d'aller plus loin.

Une expérimentation d'un an doit trancher le débat

Plusieurs contributeurs défavorables proposaient de décaler la mise en œuvre le temps de disposer d'un résultat mesuré. Ce résultat arrive, mais après l'ouverture. Le décret n° 2026-339 du 30 avril 2026 a institué une expérimentation qui se déroulera du 1er octobre 2026 au 1er octobre 2027.

Son principe : envoyer des signaux tarifaires à un échantillon de consommateurs restés en option Base au tarif réglementé, puis analyser leur capacité réelle à modifier leur comportement. L'échantillon porte sur 6 600 foyers tirés au sort parmi les abonnés à l'option Base en 3 ou 6 kVA, soit exactement la population dont le potentiel de flexibilité fait débat. Le décret prévoit par ailleurs que les participants ne pourront pas payer davantage, sur la période, que ce qu'ils auraient réglé en restant à l'option Base.

La question posée par les opposants, celle du potentiel réel de flexibilité des petits consommateurs, sera donc documentée à l'automne 2027. L'ouverture de l'option aux 3 kVA aura alors deux ans d'existence, et les premiers relevés de consommation permettront de dire si les foyers concernés ont effectivement déplacé leurs usages ou simplement encaissé un gain arithmétique.

D'ici là, l'ouverture aux 3 kVA s'inscrit dans un mouvement plus large de refonte des heures creuses, dont les horaires se déplacent progressivement vers l'après-midi pour absorber la production solaire. Notre page sur le changement des plages d'heures creuses détaille ce calendrier, et celle consacrée à l'évolution du prix de l'électricité replace ces ajustements dans la trajectoire tarifaire d'ensemble.

Quelques euros par an, est-ce vraiment là que se joue votre facture ?
Le choix de l'option tarifaire pèse quelques euros ; celui du fournisseur pèse souvent bien davantage sur une facture d'électricité. Un conseiller Selectra compare votre contrat actuel avec les offres du marché et s'occupe du changement, sans coupure ni frais. Vous pouvez aussi reprendre le calcul ci-dessus pour arbitrer seul.
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Questions fréquentes sur les heures creuses en 3 kVA

Depuis le 1er août 2026. La Commission de régulation de l'énergie a acté l'ouverture dans sa délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026, après une consultation publique lancée le 22 mai. Avant cette date, l'option s'arrêtait à 6 kVA et un abonné en 3 kVA ne disposait que de l'option Base.

Non. En 3 kVA, l'abonnement du tarif réglementé est identique dans les deux options, soit 145,56 € par an. Il n'y a donc aucun surcoût fixe à rembourser avant de gagner quelque chose : seule la structure du prix du kWh change, avec un tarif réduit pendant huit heures et un tarif majoré le reste du temps.

Environ 25 % de votre consommation annuelle. Ce seuil ne dépend pas du volume consommé, puisque l'abonnement est le même des deux côtés, mais uniquement de l'écart entre les prix du kWh. Comme huit heures creuses représentent 33 % d'une journée, une consommation régulière franchit souvent ce seuil sans effort. Le simulateur ci-dessus applique ce calcul à votre propre consommation.

L'ordre de grandeur reste modeste. Pour un studio consommant 1 800 kWh par an, le gain va de quelques euros avec une consommation régulière à une vingtaine d'euros par an pour un foyer qui programme effectivement ses appareils la nuit. À l'inverse, une consommation concentrée en journée fait perdre quelques euros : l'option n'est pas gagnante pour tout le monde.

Non, et c'est le principal apport de la réforme. La Commission relève que 60 % des clients Base en 3 kVA gagnent à basculer sans changer leurs habitudes, contre 10 % seulement quand il fallait monter à 6 kVA et payer 44,76 € d'abonnement supplémentaire par an. Si vous étiez monté en puissance uniquement pour cette raison, une redescente peut se justifier : vérifiez d'abord que votre installation tient sur 3 kVA, sans chauffage ni eau chaude électriques.

Non, et c'est la limite de l'exercice. Un abonnement de 3 kVA plafonne à 3 000 watts simultanés, avec un disjoncteur calibré à 15 ampères. Un lave-linge mobilisant environ 2 500 watts, il faut décaler les appareils un par un sous peine de faire disjoncter l'installation. C'est d'ailleurs l'argument avancé par les fournisseurs opposés à la mesure.