La France sort du mois de juin le plus chaud jamais mesuré, et un chiffre européen tombe au même moment : l'énergie engloutie pour rafraîchir les logements a doublé en six ans. Le plus frappant, c'est que ce doublement s'arrête à 2024. L'été 2026 et sa canicule historique n'y figurent même pas encore.

Deux fois plus d'énergie qu'il y a six ans

Les chiffres publiés le 8 juillet 2026 par Eurostat donnent la mesure du basculement : les foyers européens ont consacré 80 400 térajoules à la climatisation en 2024, deux fois plus qu'en 2018 (40 500 térajoules). La hausse a été quasi continue, à peine freinée en 2020 (-2,5 %) et en 2023 (-1,9 %). Ces données, les dernières disponibles, ne couvrent que la période 2018-2024 : les étés 2025 et 2026 n'y sont pas encore comptés.

Le chauffage reste, de loin, le premier poste : environ les deux tiers de l'énergie consommée à la maison en Europe. Mais la tendance est nette : la clim s'installe partout, et son poids sur la facture d'électricité d'été grossit chaque année.

L'Italie, l'Espagne et la Grèce en première ligne

Sans surprise, le sud du continent concentre l'essentiel de la consommation. L'Italie écrase le classement, loin devant l'Espagne et la Grèce.

PaysÉnergie consacrée à la clim (2024)Part de la consommation du foyer
Italie26 300 térajoules2,3 %
Espagne14 300 térajoules2,5 %
Grèce11 900 térajoules7,4 %

Source : Eurostat, consommation des ménages pour le rafraîchissement · juillet 2026

Rapportée à ce que consomme chaque foyer, la clim pèse surtout dans les îles : 16 % de l'énergie des ménages à Chypre, 15 % à Malte, contre 7,4 % en Grèce, 2,5 % en Espagne et 2,3 % en Italie.

En France, un juin historique qui va accélérer la tendance

L'été 2026 promet justement de pousser ces courbes encore plus haut. Dans son bilan climatique de juin, Météo-France décrit un mois hors norme : le juin le plus chaud jamais enregistré en France, à +3,8 °C au-dessus de la normale, avec une canicule précoce et très intense du 17 au 30 juin. Le 25 juin, 72 départements étaient placés en vigilance rouge, du jamais-vu depuis la création du dispositif en 2004 ; les 24 et 25 juin, la température moyenne nationale a atteint 30 °C, un record absolu tous mois confondus. Le thermomètre a dépassé 40 °C jusqu'à Strasbourg et Noirmoutier.

Dans ce contexte, l'équipement des foyers s'accélère : selon l'ADEME, un quart des ménages disposait déjà d'une solution active de rafraîchissement en 2024. Un équipement qui pèse sur la facture comme sur l'environnement, comme le détaillait notre analyse du coût réel de la climatisation pour la planète et le portefeuille.

Faut-il pour autant céder ? La question s'invite désormais jusque dans la presse généraliste, Le Monde s'interrogeant dès le 20 juin sur une climatisation « devenue incontournable ». La réponse de l'ADEME tient en deux mots : dernier recours. Volets et protections solaires, ventilation nocturne, ventilateur de plafond (2 à 3 °C ressentis en moins) passent avant l'achat d'un climatiseur. L'agence chiffre même le cercle vicieux : si tous les citadins s'équipaient en réglant à 23 °C, l'air extérieur des villes gagnerait 2 à 3,6 °C d'ici 2030.

Avant d'acheter, mieux vaut savoir ce que consomme réellement un climatiseur selon sa puissance et son usage. Pour les pièces de vie, la climatisation réversible reste la solution la plus efficace ; pour un besoin ponctuel, le match ventilateur ou climatiseur mérite d'être tranché avant de passer en caisse.

Bon à savoir
Mobile ou split : la consommation varie du simple au double

À rafraîchissement égal, un climatiseur mobile consomme environ deux fois plus d'électricité qu'un climatiseur split bien installé.

Ces pics d'été mettent aussi le réseau à l'épreuve : les coupures de courant se multiplient pendant les canicules, quand câbles et transformateurs surchauffent.

Le boom gagne jusqu'à l'Angleterre

Signe que le basculement dépasse les pays du Sud, la demande explose jusqu'outre-Manche, où seuls 4,3 % des logements sont climatisés d'après une étude de l'université de Reading. En pleine vague de chaleur britannique, un installateur des Midlands raconte au magazine Business Matters être passé de deux demandes par semaine à près de 25 : « Les gens ne supportent plus la chaleur. » Compter environ 1 500 livres sterling pour climatiser une petite chambre, un budget assumé comme un investissement de confort.

Étés brûlants, équipement qui se banalise, installateurs débordés du sud au nord du continent : la climatisation n'est plus un luxe méditerranéen. C'est un poste durable du budget énergie des foyers européens.