Le plan de Poweo pour retrouver sa trésorerie

13 novembre 2010 - Poweo a annoncé entre en phase d'études différentes options pour retrouver une trésorerie, dans le contexte d'un déficit d'exploitation causé par les activités de vente d'électricité sur le marché français. 

Poweo brûle son cash sur le mass market

Le communiqué de Poweo indique que le groupe subit un déficit d'exploitation sur ses activités de commercialisation d'énergie sur le "mass market" (particuliers et petits professionnels). En effet, les tarifs réglementés de l'énergie (et en particulier ceux de l'électricité) restent trop bas pour permettre à Poweo de proposer des prix moins chers tout en dégageant une marge. Poweo a d'ailleurs légèrement rehaussé ses prix de l'électricité pour les particuliers en septembre, tout en restant compétitif, afin de tenter de diminuer ses pertes. Le cash consommé est jugé par le communiqué de Poweo "élevé au regard des ressources actuelles du groupe". 

Poweo attend la loi NOME

La loi sur la Nouvelle Organisation du Marché de l'Electricité (loi NOME) prévoit qu'EDF vendra aux fournisseurs alternatifs d'électricité des quantités importantes d'électricité nucléaire à un prix qui reste à définir. Si le prix est suffisamment faible pour permettre à Poweo de dégager une marge tout en vendant de l'électricité à un prix légèrement inférieur aux tarifs réglementés, la situation du groupe devrait s'améliorer. Le directeur général de Poweo Loïc Capéran avait indiqué en juin lors d'un forum sur l'énergie que Poweo espérait un prix maximum de 34 euros par MWh pour l'électricité cédée par EDF à ses concurrents. Le lobbying d'EDF pourrait toutefois porter ses fruits et fixer des prix plus élevés.
La loi NOME a été votée à l'Assemblée nationale en première lecture le 15 juin 2010, au Sénat le 30 septembre 2010, et la deuxième lecture est prévue à l'Assemblée le 17 novembre 2010. Il faudra toutefois attendre son décret d'application pour avoir des indications sur le niveau de prix de l'électricité vendue par EDF à ses concurrents, et donc sur l'avenir des activités de commercialisation d'électricité de Poweo.

L'équation économique difficile de Poweo

Poweo dispose de capacités de production d'électricité via ses centrales thermiques au gaz existantes et à venir, et via quelques capacités de production d'électricité verte. Pour le reste de ses approvisionnement, Poweo achète de l'électricité à EDF, ou achète plus marginalement de l'électricité sur les marchés de gros.  Pour dégager de la marge sur l'activité de revente d'électricité, il faut donc au minimum revendre l'électricité plus cher que le coût d'approvisionnement. Ce qui n'est pas gagné dans un environnement économique ne poussant pas à la hausse des prix de l'électricité sur les marchés de gros.

110 millions d'euros de financements court et moyen terme chez Poweo

Pour assurer sa liquidité courante, Poweo a recours à des financements à court-moyen terme pour un encours total de 110 millions d'euros. Ces mesures ont été mises en place en attendant que les "options stratégiques" soient mises en oeuvre pour retrouver de la liquidité.

40 à 50 millions de pertes chez Poweo en 2010

Poweo a revu à la baisse ses estimations de résultat pour 2010, avec une perte opérationnelle anticipée de 40 à 50 millions d'euros en 2010, contre 20 à 30 millions anticipés auparavant. En complément, Poweo pourrait procéder à des dépréciations d'actifs et provisions pour risque en lien avec ses mesures de restructuration de son activité. Le chiffre d'affaires, lui, poursuit sa croissance à 502,5 millions d'euros sur les neuf premiers mois de 2010, en hausse de 34% par rapport à la même période de 2009.

Les "options stratégiques" de Poweo : la vente des activités énergies renouvelables

On évoque depuis quelques mois déjà dans les milieux informés la possible vente des activités de Poweo liées aux énergies renouvelables, qui permettrait de retrouver une trésorerie suffisante pour poursuivre les autres activités de Poweo en attendant l'entrée en vigueur de la loi NOME. 

Le poids de la situation de Poweo dans les négociations de la loi NOME

Poweo avait déjà indiqué qu'il risquait de devoir in fine rendre son portefeuille de clients à EDF si jamais les prix de vente d'électricité d'EDF à Poweo étaient trop chers par rapport aux tarifs réglementés. Un tel scénario paraît toutefois inenvisageable sur un marché étroitement surveillé par la Commission européenne qui souhaite s'y voir développer une concurrence entre fournisseurs. Le mauvais état de santé de Poweo devrait donc conduire les prix de l'électricité cédée par EDF dans le cadre de la loi NOME à ses concurrents à être raisonnablement bas, sous peine de voir la concurrence s'éteindre. Pendant ce temps, Direct Energie, concurrent direct de Poweo, continue à pratiquer des prix très bas pour ses clients particuliers et professionnels pour l'électricité comme pour le gaz en attendant la loi NOME, malgré les problématiques de marges auxquelles tous les fournisseurs alternatifs sont confrontées.